Elle rêvait de voyages vers des pays inconnus et se voyait, allongée sur un tapis volant, en train de survoler les forêts et les lacs. Il y avait tant de belles couleurs, dans ce qu’elle imaginait, qu’elle se sentait prise d’une envie irrésistible de peindre ces superbes paysages. Elle se régalait du bleu insolant que le ciel affichait, du rouge que les arbres mettaient à leurs feuilles depuis quelques semaines et du blanc crémeux de la neige qui nappait les sommets.
Et chaque soir, la petite fille s’endormait dans son lit tout blanc en se demandant si son choix était le meilleur : boite à couture, boite de couleurs ?
Il était une fois, au milieu de verts pâturages, une petite fille aux cheveux couleur de blé qui courait dans la campagne. Le vent, qui balayait ses cheveux, les faisait onduler comme il le faisait avec les champs de céréales, l’été. Et l’on ne savait plus s’il s’agissait de la mer ou pas. Chaque jour, elle partait des heures durant, inquiétant sa famille par des absences interminables. On la retrouvait régulièrement, couchée à plat ventre, en train d’observer des fourmis au travail ou une portée de souriceaux s’éveillant à la vie. Elle adorait regarder un brin d’herbe pencher, alourdi par le poids d’une coccinelle en balade. Elle savait où chasser les papillons et où capturer des mantes religieuses aux grands yeux sérieux. Tantôt elle cueillait des pêches sauvages sur des arbres depuis longtemps oubliés, tantôt elle ramassait les châtaignes tombées sur le sentier. L’été, elle aimait rester couchée à regarder les nuages se poursuivent ; ils prenaient sans cesse des formes nouvelles devenant tour à tour un oiseau en vol, un chien assis ou une tête de vache cornue.
Dès l’automne, la pluie venait souvent gâcher ces plaisirs simples. La petite fille sortait alors des aiguilles, une boule de laine et tricotait de petits animaux ou des personnages rigolos. C’était autrement plus drôle que l’écharpe qu’on lui réclamait de faire. Pour elle, l’idéal aurait été de pouvoir coudre ces petits sujets dans un joli tissu qu’elle aurait peint ensuite. Elle aurait peint des yeux amusés, une truffe humide ou une langue rose comme une tranche de saumon ! Coudre allait tellement plus vite si elle en croyait ce qu’elle voyait quand sa maman sortait sa machine. Ensuite elle aurait tricoté les vêtements et les accessoires. Elle aurait fabriqué des poupées en chiffon, elle aurait rempli des nuages avec du coton et y aurait accroché des étoiles et un grand soleil. Bien sûr, quand arrivaient le printemps et l’été, c’est d’un appareil photo qu’elle rêvait. Elle aurait photographié tout ce petit monde vivant qui la fascinait et, les mauvais jours venus, elle aurait feuilleté ses albums pour y retrouver ses compagnons des beaux temps. Mais l’hiver, quand la pluie et le froid obligent à rester à la maison, avec quoi peut-on le mieux s’amuser si ce n’est avec toute une ménagerie ? Des animaux sages et propres qui gardent la pose…
Et l’on invente des histoires de tempêtes et de lune qui se décroche, on fait dire à sa poupée toutes les vérités que l’on cache au fond de soi. On invente une vie. Celle qu’on aimerait vivre. On invente des personnages pour ne pas rester seul et on ajoute tout un univers tellement plus charmant que celui qui est là…. Alors quoi ? Il fallait se décider, l’heure était arrivée de faire un choix pour le cadeau de Noël. Un appareil photo ? Une machine à coudre ? Quel dilemme, choisir était décidément si difficile !
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Cette nuit-là, le Père Noël était arrivé par temps clair, une de ces nuits blanches et givrées qui auréolent les monts d’une brume scintillante. Les montagnes noires deviennent alors aussi luisantes que du verre et leurs pentes glissantes à souhait. Le Père Noël n’avait eu qu’à poser son traîneau en haut d’une des collines et il avait glissé, dans un sifflement, jusqu’aux maisons endormies. Même les chiens étaient restés silencieux en regardant la silhouette du traîneau et de son conducteur se découper sur le firmament blanchi.
Dans la maison de la petite fille brune aux cheveux courts, un joli sapin avait été installé dans le salon. Des boules blanches et des étoiles d’argent étaient accrochées aux branches. Des petits glaçons de métal pendaient en breloques au bout de chaque bras de l’arbre. L’enfant avait placé ses chaussons au pied du sapin et avait placé, à côté, un verre de lait et quelques carottes. C’était la coutume, là-bas au pays des montagnes noires, on n’oubliait jamais de prévoir de la nourriture pour le Père Noël et pour ses bêtes. En remerciement de cette attention, un beau cadeau était déposé sur les chaussons de la fillette.
Mais ce qui émerveille le plus la petite, ce sont les dentelles. Il y en a de toutes sortes : des dentelles vaporeuses, aériennes, des Chantilly, des Blondes, des dentelles garnies d’or, de paillettes et de perles brillantes. Elle les touche, elle les caresse comme des bijoux et l’imagination de la fillette ne laisse plus sa tête en repos. Elle n’a même pas vu que sur la table, les assiettes ont été délestées des fruits, des gâteaux, des desserts préparés pour cette nuit particulière. Le Père Noël s’est restauré et à repris des forces avant de repartir pour cette nuit sans fin.
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Loin d’avoir achevé son grand voyage, le Père Noël a fait le détour par la campagne, faisant glisser son grand traîneau sur les vertes prairies que la rosée a rafraîchies. Au-dessus de la rivière, une couche de coton flotte légèrement. La fin de la nuit s’annonce dans une pâleur réfrigérée mais dans l’une des maisons lovées au fond de la vallée, la cheminée fume encore. La petite fille toute blonde est déjà debout.. Elle a peu dormi, excitée par l’exception de cette belle et profonde nuit. Les étoiles se sont allumées une à une au firmament. Elle les a longuement regardée avant de trouver le sommeil mais, à peine avait-elle commencé un rêve, qu’un bruit l’a fait sortir de son lit tout chaud. Elle était déjà venue, une première fois, voir si quelqu’un lui avait apporté les cadeaux espérés mais rien ne l’attendait. Pas la moindre trace d’une visite… L’attente lui a paru tellement longue. L’impatience grandissait. Et puis ce bruit qui l’a réveillée de nouveau… Cette fois, le pied du sapin est garni. Il y a là une collection de boites que l’on a empilées auprès de la crèche. La petite fille a dû être bien sage parce que de nombreuses étiquettes portent son nom. Frénétiquement, elle arrache les papiers et les ficelles de couleurs.
Cette boite ! La forme de cette boite ne l’a pas trompée, elle y découvre ce qu’elle espérait : une petite machine à coudre. Elle est blanche avec un bouton-poussoir qui allume une ampoule grain de riz cachée sous un cornet de métal. Sur la droite, un petit volant fait monter et descendre l’aiguille. La fillette est tellement pressée qu’elle attrape ce qui lui tombe sous la main et place son mouchoir pour commencer une couture. Comme ça. Rien que pour voir. Et il se pose un point de chaînette qui ondule tandis que le volant tourne, tourne, tourne. La machine fait plein de promesses et l’enfant veut y croire. C’est décidé, tout à l’heure, elle se lancera dans la confection d’une jupe pour sa poupée. A moins qu’elle fasse un manteau à son baigneur ? Ou bien un tablier pour sa maman ? Ou encore une nappe pour sa grand-mère ?
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Le temps a passé. Les années se sont accumulées, remplies de vie, de mariages, d’enfants, de rires et de larmes. La petite-fille blonde n’a pas vraiment beaucoup grandi et on le dit, elle restera un petit bout de femme. Tant pis, elle a bien employé le temps. Elle a cousu quelques robes, beaucoup de poupées de chiffon. Elle a fait des déguisements, des coussins et des rideaux. A présent, elle prend le temps de s’amuser. Comme autrefois, elle joue avec sa machine à coudre.
Elle tente des expériences. Elle ne sait pas toujours bien s’y prendre et elle se fait aider pour essayer des techniques qui lui permettent d’utiliser du tissu, du fil et sa machine. Comme un peintre, elle fait des petits tableaux et essaye d’y raconter des histoires. Elle aime toujours les animaux et passe du temps à les photographier et puis elle va voir, souvent assez loin, ce que d’autres dames ont fait avec du tissu et du fil. Elle photographie ces ouvrages pour les montrer, sur un magazine, où elle raconte ce qu’elle a vu.
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Parmi les lecteurs du journal, parmi les personnes qui s’intéressent à ce qu’elle raconte, il y a une dame brune à cheveux courts qui aime voyager et visiter les musées. Elle adore la peinture et le dessin et lit beaucoup d’ouvrages à ce sujet. De ses voyages et de ses visites, elle conserve une foule de souvenirs : un ticket de métro, un morceau d’affiche, un bouton … et, parfois, elle fait des collages. Elle fait des dessins qu’elle brode. Elle raconte plein de choses en brodant et réalise même des albums qu’elle ferme avec des rubans comme on referme un journal sur ses secrets intimes. Quand l’envie de raconter ce qu’elle a vu la taquine, elle sort la trousse à couture qui ne la quitte pas ; elle l’a eue, en cadeau, lors d’un des Noël de son enfance. Broder est devenu une vraie passion.
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Mais qu’il s’agisse de coudre des choses originales ou de les broder, l’idéal est aussi de trouver un nouveau support et, par chance, elle a fait la connaissance d’une jeune femme pleine d’inventivité. Oh, elles ne se connaissent pas pour s’être trouvées physiquement, elles ont dû attendre longtemps pour se trouver réunies autour d’une tasse de café. D’abord, elles ont fait connaissance par internet. C’est un moyen fantastique pour élargir son cercle d’amis. Et cette jeune femme qui ne manque pas d’idées en a eu une particulièrement amusante : recouvrir et décorer des CDs qui ne servent plus. Pas question de les jeter ou de les casser ! On les recouvre, on les habille et on les décore pour les faire devenir de petits objets superbes qui se parent de perles, de paillettes, de broderies, de rubans et de dentelles… Ces idées, elle les puise au fond d’une belle boite à couture qu’elle manipule avec précautions car c’est le Père Noël qui la lui avait apportée, autrefois, quand elle était petite.
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Noël approche à grands pas. Les jours sont courts et les nuits longues. Depuis peu, le froid est arrivé. Là-bas, sur les montagnes noires, la neige a déposé un voile tout blanc. Tout le monde le sait parce que la dame brune à cheveux courts l’a dit à ses amies. A la campagne, plus bas sur la carte de France, la pluie a rempli les rivières et fait de la terre une boue que le gel durcit au petit matin. Peut-être la neige arrivera-t-elle bientôt ? La petite dame blonde attend et se surprend à l’espérer. Le paysage devient si joli sous la neige et cela lui donne l’occasion de faire de jolies photos. Elle aime tant ça. En attendant, sur un patchwork, elle essaye de mettre des zones d’ombre avec sa machine à coudre. Ce n’est pas très facile et elle a le trac. Et puis, si le temps ne lui manque pas trop, elle couvrira un CD de tissu sur lequel elle brodera de belles étoiles, pour Noël. Elle fera une photo de son CD et l’enverra à sa copine qui habite plus au sud, là où chantent les cigales l’été, là où les vignes ont pris des couleurs de feu voici quelques semaines. Là-bas aussi, ces jours-ci on parle de neige ! Mais n’est-il pas un peu tôt ? On n’y comprend plus rien. Taratata, tout ça, c’est des histoires, non ?….Mais qui peut comprendre quelque chose à celle-ci ?
Comprendra qui sait ce que sont
les Histoires de Boites à Couture…voilà tout !…..


























